PAGE 1/4 - SYSTÉMIQUE
Le génie de Bong Joon-ho dans Parasite réside précisément dans son refus catégorique de désigner un unique "méchant". Sa vision du bien et du mal est fondamentalement systémique et non individuelle, déplaçant la question de la moralité personnelle vers celle de la responsabilité sociale du système économique.
Le réalisateur prend grand soin de camper des personnages qui sont, à la base, profondément humains. Les Kim, la famille pauvre, recourent à la tromperie et à l'usurpation, mais leur motivation première n'est pas la méchanceté pure, mais bien la survie et l'accès à une parcelle de dignité que le système leur refuse légalement. Inversement, les Park, la famille riche, ne sont pas des tyrans cruels. Ils sont naïfs, inconscients et passivement violents. Ils ne cherchent jamais activement à nuire, mais leur insouciance, illustrée par le dégoût poli pour l'« odeur » des Kim, révèle une cruauté involontaire inhérente à leur position de classe. Pour Bong Joon-ho, personne n'est une figure archétypale du mal ; ils sont tous, à des degrés divers, les victimes du même environnement.